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332 LES GRANDS POÉTES ROMANTIQUES DE LA POLOGNE
menèrent une vie grave et sainte, uniquement voués
à l’Art, à leurs frères mortels, et à Dieu, le Poète
anonyme se réfugia de plus en plus aux pieds de Celui
dont il attendait le salut du monde et le soulagement
de la terre. Il s’enfonça d’un coup d’aile éperdu dans
le divin Amour. Mais il ne s’éloigna point en mystique
égoïste et qui perd de vue le gouffre de misères d’où
il s’envole : s’il voulut être plus près du Dieu qui peut
tout, ce fut afin de mieux implorer de lui le redresse-
ment des griefs et des iniquités d’ici-bas. Dans les
magnifiques pages de l’Aube, le poète a vu l’éternité
s’ouvrir, il a contemplé « le monde qui sera », il a senti
la parole incréée descendre dans son cœur; et de ce
cœur brûlé d’enthousiasme et d’amour, voici qu’elle
s’échappe à flots et se répand en hymnes de flammes,
en hymnes ineffables :
Il me semble que je pourrais faire sortir de ces rocs la
voix de la vie, car la parole de Dieu déborde de mon cœur!
Partout des miracles, partout des merveilles, — je me sens
fondre dans l’infini! Grâces à tout et à tous, grâces pour
toujours à Dieu, — aux hommes, — à toi, ô ma sœur!
Grâces éternelles à ceux qui dorment dans la tombe et
grâces aux vivants!
Tout ce qui est humain, tout ce qui est terrestre a dis-
paru. La pensée bondit déjà dans ces sphères où règne la
lumière universelle et l’amour sans fin. Dans ce moment
de transfiguration, j’ai sondé l’abîme ouvert de la destinée !!
Alors, au sein de cette éternité où il est entré vivant
par l’extase, du haut de ces sphères éternelles « où
l’invisible, se faisant visible, se déroule comme un
océan au-dessus des abîmes », il annonce et salue les
jours à venir. L’heure de la réparation, de la justice,
1. L’Aube, chant VI. Traduction Constantin Gaszynski.
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